Thèses soutenues

Année de soutenance : 2020 - 2017 - 2014

2020

Le tabularium civique et militaire. Matérialité et fonctions d’un édifice d’archives de l’époque romaine

                    Julien Adam, sous la direction de Julian Richard (UNamur)

Dans le monde romain, la pratique archivistique fut à l’origine de la création d’un édifice nommé tabularium. Les témoignages littéraires et épigraphiques donnent un aperçu général de ses fonctions, à savoir la gestion et la conservation d’actes officiels produits à divers niveaux de l’administration civile et militaire. Le tabularium, en tant qu’édifice cette fois, apparait quelquefois au détour d’anecdotes, de discours, ou d’inscriptions. Ces dernières gardent également le souvenir de plusieurs centaines de fonctionnaires, établis à Rome ou dans les provinces, dans des contextes aussi variés que les cités, les bureaux de procurateurs provinciaux, les stations de douanes, les mines, les carrières ou encore les camps militaires. L’étude du tabularium est dès lors intrinsèquement liée à celle des archives du monde romain, longtemps restées l’apanage des philologues et des épigraphistes qui n’abordèrent que très peu la question de leur matérialité. En particulier, les propriétés architecturales du bâtiment demeurent mal connues et rares sont les sites où il peut être identifié de manière franche et nette. L’objectif de cette recherche est de fournir aux archéologues, par le biais d’une méthodologie interdisciplinaire, les clés nécessaires pour identifier les espaces de ce type sur le terrain, mais aussi de déterminer de façon plus précise ses fonctions dans les divers contextes envisagés. L’étude se décline en trois volets : la ville de Rome, le tabularium civique en Italie et dans les provinces de l’Empire et, les tabularia établis dans les camps militaires permanents.

 

2017

Le décor sculpté des supports de l'architecture gothique en vallée mosane. Analyse des formes et des techniques pour une approche renouvelée du chantier médiéval

                    Aline Wilmet, sous la direction de Mathieu Piavaux (UNamur)

Un renouvellement méthodologique

En Belgique, le décor sculpté a fait les frais d’une histoire de l’architecture longtemps demeurée cloisonnée dans une conception régionaliste, probablement faute de recherches récentes permettant de s’en émanciper véritablement. En effet, dès les premières études consacrées à l’architecture gothique en Belgique, le chapiteau dit « mosan », caractérisé par l’emploi du calcaire de Meuse et par une ornementation de « feuilles de plantain », est envisagé en tant que marqueur stylistique caractéristique de l’architecture de la région. Hissé au titre de critère de définition de l’architecture, le chapiteau sculpté mosan demeurait ancré dans un immobilisme scientifique qui n’a été ébranlé qu’en 2017, dans le cadre d’une thèse de doctorat FNRS menée à l’Université de Namur. Cette recherche, basée sur le dialogue entre analyses archéologique et typologique de l’ornement, avait pour objectif d’en renouveler l’approche au regard des méthodologies actuelles, et particulièrement de l’archéologie du bâtiment. Cette méthodologie a débouché sur la mise au point d’une nouvelle lecture des formes, émancipée de la traditionnelle approche fondée sur la définition de la flore architecturale gothique. La description typologique, menée au moyen d’un vocabulaire précis, permet d’identifier les différentes formes popularisées en vallée mosane, ainsi que leur répartition géographique et chronologique. Conjointement à cette approche, l’analyse archéologique de l’ornement sculpté, au travers de l’enregistrement de données métriques, des traces d’outils, des marques lapidaires et des tracés préparatoires, favorise une meilleure compréhension des procédés de façonnage réservé à l’ornement et, dans une perspective plus large, du chantier de construction.

Un outil de datation et de compréhension d’une chaine opératoire

L’analyse approfondie des chapiteaux sculptés a mis en évidence plusieurs adaptations techniques et formelles observées entre le XIIIe et le XVIe siècle : transformation du profil de la corbeille devenant de plus en plus angulaire au fil du temps, évolution dans la sélection de l’outillage privilégié, stylisation progressive du feuillage et accentuation du modelé de ce dernier, fluctuation du niveau d’implantation de la corolle végétale sur la corbeille. Ces indices peuvent servir de critère de datation en l’absence de donnée historique ou de charpentes médiévales. Les évolutions observées sur le décor entre le XIIIe et le XVIe siècle témoignent également de la simplification des procédés et des formes pour optimiser le mode opératoire dans une volonté de rentabilité ainsi que pour faciliter la diffusion des modèles, particulièrement entre le XVe et le XVIe siècle, période de forte activité constructive dans la région.

 

2014

Vierges à l’Enfant des Pyrénées-Orientales. 1200-1400

                    Corinne Van Hauwermeiren, sous la direction de Michel Lefftz (UNamur)

Durant de longues années, la sculpture mariale des Pyrénées-Orientales a été étudiée à l'aune d'une historiographie plus descriptive qu'analytique. La majorité des ouvrages s'intéresse aux sculptures du point de vue iconique et à leur appropriation. La désignation de quelques Vierges comme « chef de file » impliquait d'emblée une relégation de beaucoup d'autres Vierges au rang des oubliées. Les principales Vierges publiées sont celles qui portent la marque de l'art roman ou qui sont inscrites dans ce que Mathias Delcor a qualifié de « tradition romane » alors qu'elles présentent toutes les caractéristiques de l'art gothique. Face à cette carence stylistique et technique, cet ouvrage propose d'utiliser l'apport des méthodes d'examens de laboratoire à la connaissance des techniques de mise en oeuvre des Vierges à l'Enfant du département et de renouveler les analyses techniques et stylistiques sur base de méthodologies récentes afin de réévaluer la chronologie de l'ensemble du corpus. Les analyses des essences de bois ont également permis de proposer de nouvelles pistes de recherches quant à l'impact de la gestion forestière sur l'usage des bois.